Les poissons, ces êtres méconnus

« Les poissons sont des êtres fascinants. »

Je parie un bon pactole que c’est une phrase qui n’a pas été prononcée au dernier nouvel an, sauf peut-être par celui ou celle qui, en état d’ébriété avancé, s’est laissé aller à regarder les poissons dans l’aquarium de leur hôte.

Il semble qu’au fil du temps, les animaux de tout poil ou de toute plume attirent de plus en plus nos sentiments d’empathie. Nous les trouvons mignons, amusants, doux, beaux. Par contre, leurs cousins à écailles qui vivent dans l’eau…tout au plus font-ils office de décoration dans le salon. Et pourtant, comportements sociaux, soins parentaux, stratégies de survie étonnantes, les poissons sont bel et bien un groupe d’organismes tout à fait fascinant, comme peuvent l’être les oiseaux et les mammifères. Dans cet article, je vais tenter de vous en convaincre avec quelques exemples qui ont fait changer ma propre perception de ces fameux poissons !

1ère image récupérée sur Google Image en tapant successivement "Cute mamal" "Cute bird" et "Cute fish". No comment.

1ère image récupérée sur Google Image en tapant successivement « Cute mamal » « Cute bird » et « Cute fish ». Résultat : No comment.

Des parents surprenants…

Fait amusant, bien que seulement 25% des poissons s’occupent de leurs petits, les poissons sont le groupe démontrant la plus grande variété de comportements parentaux. La forme la plus simple est l’enterrement des œufs dans le sable, comme le font truites et saumons à la période du frai, mais certaines espèces comme le poisson-ballon marin (Torquigener ou pufferfish) ou le Cytocara eucinostomus du lac Malawi fabriquent des nids immenses (2-3m de diamètres) avec une minutie exemplaire et surveilleront les œufs jusqu’à éclosion. Pour les aquariophiles, le petit poisson appelé Gourami fabrique également un nid, mais cette fois-ci en surface et fait de…bulles. Oui, oui, en bulles. Après la ponte de la femelle, le mâle prend chaque œuf et le place douillettement dans le nid qu’il gardera jalousement pendant la durée de l’incubation. Pourquoi? Les Gouramis sont des poissons à l’origine tropicaux qui vivent dans des marais manquant régulièrement d’oxygène. Le but du nid de bulle serait donc d’assurer un apport continu d’oxygène aux œufs.

Mâle Gourami en pleine création de nid de bulles

Encore plus poussé et extraordinaire, la femelle cichlide Tropheus moorii du lac Tanganyika incube ses œufs dans sa bouche. Pendant 30-35 jours. Sans se nourrir. Et quand les petits éclosent, ils restent dans la cavité buccale maternelle pendant encore une trentaine de jours et toute la nourriture que la mère absorbe va directement aux jeunes. Le coût pour la femelle semble immense, mais en contrepartie, ce comportement extrême assure un excellent taux de survie à ses jeunes qui évitent la prédation intense dont les jeunes poissons font souvent les frais.

Des stratégies astucieuses…

Les poissons ont également des comportements et des stratégies anti-prédations souvent étonnantes. Il y a de ça quelques jours, je suis tombée sur cette vidéo qui m’a donné l’envie de faire cette note de blog :

On y voit une flopée de jeunes poissons de l’espèce Alepes djedaba se planquer des poissons trompettes (Aulostomus maculatus) qui s’en feraient bien une petite friture. Les jeunes utilisent l’ombelle de la méduse, qui n’est pas dangereuse, pour se réfugier, laissant les pseudo-tentacules piquantes de la méduse faire office de défense. Et d’après Rebecca Helm, biologiste marine, cette stratégie est loin d’être exceptionnelle, des juvéniles d’autres espèces de poissons, des crabes, des mollusques et même des tortues ont été vues voyager avec des méduses.

Autre fait remarquable, des chercheurs ont récemment publié un article dans la revue Proceedings démontrant que le poisson Demoiselle, lorsqu’il subit une attaque par un prédateur, relâche un signal chimique attirant un autre prédateur. Je vous l’accorde, c’est une stratégie qui peut sembler dangereuse. Lorsque l’on est une Demoiselle en détresse, faire appel à un autre carnassier ne semble pas  très judicieux. Cependant, même si le danger existe, les chercheurs ont démontré que la Demoiselle profite de la confusion générée par l’irruption du second prédateur pour se faire la belle. Et pas qu’un peu ! Les chances de s’échapper augmentent de 35 à 40% !

La Demoiselle, qui sur cette photographie, n'a visiblement pas l'air d'avoir besoin d'aide d'un tiers pour se défendre.

La Demoiselle, qui sur cette photographie, n’a visiblement pas l’air d’avoir besoin d’aide d’un tiers pour se défendre.

Des poissons qui ne manquent pas d’air, et de caractère…

Les poissons sont, dans l’image collective, des êtres neutres, qui ne se distinguent pas les uns des autres. Eh bien c’est une perspective absolument fausse ! Les poissons ont des personnalités, des caractères, et cela a un rôle fondamental dans leur vie de tous les jours. Prenez par exemple le mâle Xiphophorus birchmanni qui fait honneur à l’adage « La raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure ». Chez ce petit poisson, lorsque les individus doivent se battre pour la nourriture, il s’avère qu’avoir de la personnalité peut rapporter gros. Des chercheurs ont démontré qu’indépendamment de la taille de l’individu, c’est le niveau d’agressivité et la témérité de l’individu qui va conditionner son succès dans la bataille. De façon amusante, le responsable de cette étude, le docteur Alastair Wilson, a appelé ce phénomène le « syndrome Napoléon » ou « syndrome du petit homme », ce qui ne sera pas en mal de nous rappeler certaines personnalités médiatiques dont l’agressivité et le sans-gène semblent garantir les meilleures places sur les plateaux télévisés.

L'air de ressemblance est en effet percutant

L’air de ressemblance est en effet percutant

En conclusion…

Personnalité, caractère, parents hors pairs, les poissons sont loin d’êtres indifférenciés comme nous l’imaginons. J’espère que ces quelques exemples vous auront convaincus !!

Lydie

Références

The Evolution of Male and Female Parental Care in Fishes

Parental Care in Fishes

Role of Huge Geometric Circular Structures in the Reproduction of a Marine Pufferfish

The functional significance of buccal feeding in the mouthbrooding cichlid Tropheus moorii

Earth Touch News Network

Damsel in distress: captured damselfish prey emit chemical cues that attract secondary predators and improve escape chances

ScienceDaily

Une réponse à “Les poissons, ces êtres méconnus

  1. M’enfin, on nous provoque !!
    Bon, comme tout (non) groupe qui se respecte, la diversité est telle qu’on ne peut pas faire de généralités, alors forcément il y a beaucoup de choses à découvrir, et beaucoup de raccourcis (négatifs comme positifs d’ailleurs) à éviter. Un des épisodes du documentaire « Life, l’aventure de la vie » leur rend d’ailleurs hommage avec des exemples vraiment étonnants ! Il y a même un article scientifique, assez récent, pour leur redonner un peu d’estime (« Fish intelligence, sentience and ethics »).
    Ici dans mon labo, on étudie leur personnalité :) J’en avais parlé dans un de mes articles.

    Sophie (du blog « Les poissons n’existent pas » !)

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