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Il était une fois un monde sans délinquants

Les errements d’un conte de fée où la science pourrait détecter de méchants délinquants

Qui n’a jamais rêvé d’un monde où l’on pourrait laisser son carrosse stationné sans craindre qu’il soit vandalisé par une belle-mère morte de jalousie, où l’on pourrait dormir cent ans dans son beau château sans être réveillé par un voisin dragon trop bruyant, où enfin l’on pourrait chanter ce rêve bleu sur son tapis volant sans subir les klaxons et queues de poisson des autres conducteurs ? Autant vous le dire tout de suite, ce monde féérique n’existe pas. Et pourquoi ? La faute en incombe en tout et pour tout à ces méchants qui viennent toujours à un moment ou un autre gâter une belle histoire, sonner les douze coups de minuit, mettre le feu aux donjons ou s’emparer d’une belle lampe magique. Mais l’avantage dans le monde de Disney est qu’un méchant compte bien peu face à un héros toujours plus beau et courageux. Malheureusement, dans notre réalité à nous, les méchants pullulent et les héros se raréfient. En un mot, la délinquance (ensemble des infractions commises en un lieu et une époque donnée) gangrène nos désirs d’enfants.

Pourtant, certaines leçons peuvent être tirées de ces histoires lues, vues et revues même une fois la date limite de l’âge adulte belle et bien dépassée. En effet, pour aider nos jadis jeunes et naïfs esprits à reconnaître et à se méfier des méchants personnages, Disney a eu l’habitude (heureusement seulement de rares fois oubliée) de dresser un portrait type de ces vilains.

En témoignent la délicieuse Madame Mime (Merlin l’enchanteur) ou encore la terrifiante Ursula (Ariel la petite sirène)

Mais alors pourquoi n’en serait-il pas de même chez nous ? N’existerait-il pas quelques caractéristiques typiques du délinquant pour nous venir en aide dans ce monde de tous les dangers ? Et bien, un homme fort célèbre y a déjà pensé ! J’ai l’honneur de vous présenter (ou de vous représenter), Cesare Lombroso (1835-1909) . Ce professeur italien de médecine légale, fondateur de l’école de criminologie, est en effet l’auteur d’un ouvrage très connu qui pourrait renaître de ses cendres, à en croire les discours récurrents d’une certaine partie de la classe politique. Quel exemple significatif que la remise à l’ordre du jour du processus de dépistage de la délinquance dès la maternelle préconisé par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en 2005 et vivement dénoncé par le collectif « Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans ! » qui semble refaire surface.

A l’époque, Lombroso, à travers L’homme criminel (1876), dans sa première rédaction, défend la thèse selon laquelle la délinquance serait nettement plus fréquente chez certaines personnes porteuses de caractéristiques physiques, ce qui serait en faveur du caractère inné de certains comportements. Médecin militaire, il va profiter de son activité professionnelle pour se livrer à une étude anthropométrique (mesure des particularités dimensionnelles d’un homme) des soldats auteurs d’infractions. Examinant ainsi des milliers de crânes des détenus de la prison où il travaille, il en conclue que la criminalité est un atavisme, c’est-à-dire une marque de régression évolutive. Outre le crâne, d’autres critères anatomiques sont utilisés, tels que, par exemple, la longueur « excessive » des bras (qui rapprocherait les criminels des singes), une dentition anormale, le fait d’avoir des doigts de pied ou de main en trop ou encore le recours aux tatouages. De là, il en déduit que les délinquants peuvent être distingués : le violeur a les oreilles longues, les yeux obliques et rapprochés, le crâne aplati et le menton long ; le meurtrier a le crâne étroit, les pommettes saillantes. En général, les criminels ont de petits crânes, de grandes mâchoires, les arcades sourcilières prononcées, et sont très poilus. De telles conclusions lui font dire que 1/3 de la population criminelle le serait de manière héréditaire.

Spécimens de criminels extraits de L’homme criminel de Lombroso

Une large mâchoire, une pilosité surabondante… Non, nul ne saurait accorder quelque foi à de tels critères à notre époque moderne…

Le très vénal Clayton (Tarzan) et le terriblement précieux Gaston (La belle et la bête) ne diront pas le contraire…

D’ailleurs, Lombroso lui-même devait plus tard préciser ses écrits et réduire l’importance originellement donnée à ces caractéristiques physiques au profit des thèses sociologiques. L’opposition à sa thèse vient en effet essentiellement de l’anthropologue français Alexandre Lacassagne, qui défend l’idée de l’influence prépondérante du milieu. Un autre anthropologue français, Paul Topinard (1830 – 1911), évoque à cette occasion le manque de rigueur de Lombroso dans ses mesures des crânes. Plus sévère encore, l’historien anglais Christopher Duggan devait dénoncer le caractère raciste de la pensée de Lombroso selon lequel «la violence était un bon indicateur de la barbarie, et à son tour la barbarie était un bon indicateur de dégénérescence de la race » .

De fait aujourd’hui, les caractéristiques physiques ont laissé la place aux caractéristiques comportementales :

« Le trouble des conduites s’exprime chez l’enfant et l’adolescent par une palette de comportements très divers qui vont des crises de colère et de désobéissance répétées de l’enfant difficile aux agressions graves comme le viol, les coups et blessures et le vol du délinquant. Sa caractéristique majeure est une atteinte aux droits d’autrui et aux normes sociales», rapport de l’Inserm sur les troubles du comportement chez l’enfant et l’adolescent publié en 2005.

Prévenons la délinquance dès le plus jeune âge car un délinquant sommeille en eux : à l’image de Stitch (Lilo et Stitch)

Réelle différence dans la pluralité des facteurs impliqués dans le processus criminel (sociologiques, psychologiques…), simple nuance de vocabulaire ? Toujours est-il que ces deux stratégies d’identification de caractéristiques physiques ou comportementales relèvent d’une seule et unique philosophie : déceler le plus en amont possible les prémices de la délinquance.

Dans son rapport consacré au « Troubles des conduites des enfants et adolescents », l’Inserm propose « d’identifier les facteurs de risque familiaux ou environnementaux très précocement, voire dès la grossesse ». Les dits troubles, qu’il conviendrait de dépister, de façon systématique, dès l’âge de 36 mois, vont des crises de colère et de désobéissance, aux agressions graves, vol et viol, et sont définis comme TOP (« trouble oppositionnel avec provocation »), et « atteinte aux droits d’autrui et aux normes sociales ». Certains auraient jadis été qualifiés par un « élève indiscipliné » ou « rebelle ». Or, à partir de ces troubles comportementaux, de ces « comportements antisociaux » sur lesquels l’ensemble des professionnels concernés s’accordent à devoir identifier afin de venir en aide à l’enfant en priorité, le gouvernement en déduit les signes avant-coureurs de la délinquance . « On se croirait revenus au 19ème siècle » dit Laurent Muchielli, sociologue consulté mais dont la contribution a été récusée.

Diagnostic d’un dessin d’enfant : un signe précurseur d’un Monstre et compagnie à venir ?

La franche opposition à l’amalgame réalisé entre un enfant en difficulté et un délinquant en sursis et à son incorporation dans la loi de 2007 relative à la prévention de la délinquance devait alors faire reculer le gouvernement. Néanmoins, l’idée ne devait pas mourir mais simplement sommeiller en attendant qu’un renouvèlement du discours sécuritaire favorise son acceptation par des Français toujours plus inquiets face à la montée en puissance du délinquant. D’où un nouveau rapport et une nouvelle salve de critiques …

Évidemment, appliquer un processus de reconnaissance prédéterminé des méchants donc des délinquants serait tentant car rassurant. Pouvoir dire que tel individu aux traits particulièrement prononcés ou que tel enfant trop rebelle ou indiscipliné est ou sera l’auteur d’une ou de plusieurs infractions ne ferait que reproduire notre traditionnel penchant à faire des amalgames, jadis entre un individu tatoué ou à la large mâchoire et aux arcades prononcées, aujourd’hui entre un enfant indiscipliné et un délinquant. Or, quand bien même des spécialistes (psychologues, enseignants, magistrats…) seraient pourvus d’une qualité de prescience, qui de surcroît se devrait d’être infaillible dans une démocratie, dans la détermination des individus dangereux, quel traitement serait adapté à l’égard de ces personnes ? Est-il possible de désamorcer leur destin criminel à travers une quelconque forme de resocialisation (exemple : la commission des lois du Sénat a rejeté, le 19 octobre 2011, la proposition de loi visant à instaurer un service citoyen, entendre service militaire, pour les mineurs délinquants ) ou d’enfermement (possibilité depuis la loi du 25 février 2008 relative à la rétention de sûreté d’enfermer à vie, par renouvèlements successifs, les condamnés ayant purgé leur peine de prison mais jugés dangereux) ?

Un simple article de quelques lignes ne saurait ambitionner de répondre à la problématique du bien-fondé ou non du basculement de la politique pénale française du critère de la culpabilité (un individu a bel et bien commis une infraction, est jugé puis subi une peine) à celui de la dangerosité (un individu est susceptible de commettre une infraction, il subira sans être jugé une mesure de sûreté – qui s’apparente à une peine mais ne se veut pas, en théorie, punitive – afin de prévenir la société d’un éventuel dommage). Néanmoins, l’évocation des écrits de Lombroso et du projet toujours en suspens du gouvernement consistant à déceler les délinquants précoces rapprochés des œuvres de Disney à dessein d’alléger un sujet lourd de conséquences et de contestations devrait ouvrir une fenêtre de réflexion quant à la possibilité d’éradiquer ou non la délinquance.

Certes, le délinquant, lorsqu’il commet un acte interdit par la loi, rompt le pacte social et se met en marge de la société car contre elle. Cependant, il serait utopique de croire et dangereux de vouloir faire croire qu’une politique pénale idéale saurait prémunir à jamais la société de ce mal que constitue la délinquance. Tout comme elle doit savoir s’adapter aux évolutions sous peine de se figer et de se briser, la société doit savoir gérer sa part de délinquants sous peine de stigmatiser un Autre qui pourrait bien demain, avec l’élaboration continue de nouveaux critères de détermination des prétendus délinquants, s’avérer être un Moi. Or, si tel était le cas, c’est le rêve pas si enfantin du « ils vécurent heureux jusqu’à la fin des temps » qui s’évanouirait…

C. W.

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Références :

 

Ça sent pas bon cette histoire…

Qui n’a jamais dit ca ?? Et sincèrement, en ce qui nous concerne, le discernement est souvent en dessous de la réalité ! À savoir qu’à l’intérieur de nos petites narines (quand elles ne sont pas bouchées…) nous ne disposons que de 10 cm² de muqueuse dédiée à l’olfaction quand un chien en a au moins 200 cm² ! De plus, le chien possède quarante fois plus de neurones spécialisés dans le décryptage des odeurs par rapport à l’homme. En résulte un sens 100 à 200 000 fois plus développé chez le chien, avec la capacité de se représenter un monde olfactif, alors que l’homme, sauf exceptions comme les « nez« , est incapable de définir une odeur précise dans un ensemble d’odeur. Moralité ? Il vaut mieux croire un chien qui trouve que ça pue qu’un humain…

Humour (douteux) mis à part, l’olfaction est un sens vital pour de nombreuses espèces. Il leur est par exemple utile ou nécessaire pour la chasse, l’évitement des prédateurs, pour la reconnaissance et le marquage du territoire, pour la communication entre individu par messages olfactifs, pour la recherche de partenaires sexuels, etc. Et, comme je le suppute plus haut, ce sens est moins utilisé chez l’être humain que chez de nombreux mammifères. Ce qui explique qu’il est plus rare de voir un humain renifler le derrière d’un de ses congénères. Mais à défaut d’avoir du flair, l’homme a de l’imagination et sait tirer avantages de ces observations pour sauver des vies.

Alors oui, c’est vrai, vous allez me dire que les chiens sont depuis longtemps sollicités pour détecter les stupéfiants et les explosifs. Mais pour le coup le talent d’Aspirant, berger belge malinois de 6 ans, a de quoi en surprendre plus d’un. En effet, cet animal est capable de renifler le cancer de la prostate ! En 2007, le professeur Cussenot, urologue à l’hôpital Tenon, à Paris, fermement convaincu que l’incroyable odorat des chiens peut être utilisé à des fins médicales, demande au ministère de la Défense de mobiliser une équipe cynophile de l’armée de l’air pour mener cette expérience unique en France.

Aspirant au travailAspirant au travail

Partant du principe que chaque maladie a une odeur bien spécifique, l’équipe a entrainé Aspirant à reconnaître l’odeur de l’urine de patient atteint du cancer de la prostate. Surprenant me direz-vous ? Oui, mais en fait, cette technique ne date pas d’hier! En l’absence d’autres moyens, les médecins détectaient jadis le diabète en goutant l’urine de leurs patients et ceci en partie grâce aux travaux de l’imminent médecin anglais du XVIIème siècle, Thomas Willis, qui avait observé que leurs urines avaient un goût sucré (ou glycosurie).

Ainsi, 9 mois de conditionnement pour Aspirant ont suffit à ce qu’il soit capable de détecter la maladie à chaque fois. Et sa fiabilité en fait un outil redoutable: plus de 90% de réussite alors que la fiabilité de ce qui est utilisé en pratique est de 20%. « J’étais confiant sur les résultats des tests, affirme le professeur Cussenot. En reniflant les urines cancéreuses, le chien détecte une combinaison de molécules présentes dans l’air. Cette signature olfactive est toujours identique, comme pour la composition d’un parfum. »

A présent, l’objectif du professeur Cussenot est d’isoler les molécules détectées par Aspirant afin de mettre au point un nez artificiel proche du système olfactif du chien en vue de détecter le cancer de la prostate par un simple test d’urine. Le Dr Cussenot espère y parvenir d’ici à deux ans. Cela serait une véritable révolution pour les patients qui n’auraient plus à subir de biopsies, méthode basée sur une opération chirurgicale beaucoup plus invasive, douloureuse, couteuse et bien souvent inutile si le patient n’est pas atteint (concernant 70% des hommes déclarés positif au cancer après un dépistage sanguin). Il serait également tout à fait envisageable, vu la réussite, de généraliser cette technique pour le dépistage d’autres cancers.

Autre exemple, l’organisation non gouvernementale (ONG) belge Apopo, dresse des rats de Gambie à la détection de mines anti-personnel. De la même façon que pour leur homologue canin, les rats sont dressés pour reconnaitre le bruit et l’odeur d’une mine. Leur légèreté empêchant tout risque d’explosion le démineur peut ensuite « tranquillement » désamorcer la mine. Technique Ô combien utile car toutes les trentes minutes, une personne dans le monde est tuée ou mutilée par l’explosion d’une mine. On dénombre ainsi 15 à 20 000 victimes par an, dont 85% de civils et 19% d’enfants.

Rat de Gambie ou rat géant en plein exercice de détection

Récemment cette même ONG a décidé d’entraîner ces rongeurs géants au dépistage de la tuberculose. L’approche est simple, on donne à renifler à des rats une série de trous sous lesquels sont alignés des échantillons de crachats humains, et les rats détectent les échantillons contenant la bactérie de la tuberculose. Une même personne peut réaliser, en laboratoire, une vingtaine de diagnostics microscopiques de la tuberculose par jour. Les rats eux, peuvent en effectuer une centaine en vingt minutes. Et ça, ça sent bon pour l’avenir du dépistage !

Ambre


Références: