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Le retour de la chouette, un peu plus savante qu’avant

Après deux bonnes années d’absence, les chouettes sont officiellement de retour! Pourquoi une absence si longue? C’est assez simple, une des chouettes du blog, Hervé, est débordée par son travail de recherche, la chouette Ambre est actuellement en thèse et moi (Lydie), je viens tout juste de finir la mienne ! Autant vous dire qu’allier recherche et blogging n’est pas une mince affaire.

Quand j’étais jeune et fringante, en licence et en master, j’étais tous les jours abreuvée par des informations scientifiques passionnantes, sourcées, et que j’avais immédiatement envie de vous retransmettre. C’est à cette époque qu’est né le Fabuleux Destin du Pingouin, mon premier blog. Puis, avec l’envie de diversifier et d’augmenter le niveau scientifique des notes, j’ai invité des collègues à participer : de là est né Le Journal des Chouettes Savantes. Chaque nouvelle note étant plus recherchée et plus construite que la dernière, le travail nécessaire pour les produire a augmenté en flèche. Et quand ce travail se retrouve en parallèle d’une thèse…Ca devient quelque peu ingérable.

Pour ce retour, j’aimerais donc vous parler un peu de cette expérience incroyable qu’est la thèse (en biologie), notamment pour tous ceux qui veulent se lancer dans l’aventure.

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Une thèse en science, en France, c’est, en principe, 3 ans. Pour se lancer dans l’aventure, il faut trouver un sujet qui vous plait avec un(e) encadrant(e) qui vous plait aussi. Et là dessus, je souhaite faire une emphase particulière. Le sujet de la thèse évolue avec son porteur et au gré des problèmes ou des questions soulevées, en gros,  il existe une certaine plasticité dans le choix du sujet de thèse. Si le sujet initial ne vous correspond pas à 100%, sachez que vous aurez un rôle non négligeable dans le remodelage de ce sujet.  Par contre, l’encadrant(e) est à choisir avec BEAUCOUP de prudence. En effet, après 4 ans en thèse, j’ai pu croiser pendant mon parcours un nombre assez important de thésards en souffrance psychologique et la principale raison était toujours un soucis avec le/la/les directeur(s)(trice(s)). Les problèmes peuvent revêtir différentes formes : incompatibilité de caractère, défaut d’encadrement ou au contraire, un encadrement trop important. Une chose importante à savoir est que la thèse, c’est 3 ans ou plus, où l’on se confronte pour la première fois aux problèmes réels de la recherche (les expériences qui ne marchent pas, le matériel qui tombe en panne au mauvais moment, les données qui ne ressemblent absolument pas à tout ce que vous aviez appris en statistiques…et bien sûr les gentils reviewers d’article qui, parfois, semblent passer leurs nerfs sur vous) mais l’étudiant se confronte aussi à lui même. Suis-je assez compétent? Où vais-je et dans quel état j’erre? Ai-je ma place dans ce milieu? Toutes ces questions intimes mêlées aux défis de la recherche peuvent créer un mélange parfois explosif et si l’encadrement ne convient pas, ça peut devenir catastrophique pour l’étudiant. Donc, cher(e)s futur(e)s collègues, faites bien attention à qui vous choisissez ! Demandez aux anciens étudiants et thésards avant de vous lancer, vérifiez que la personne s’investit auprès de ses étudiants ou que du moins son format d’encadrement vous convient, c’est fondamental.

La première année : révolutionner la science et écrire dans Nature

Lorsque l’on débute une thèse, on a des étoiles dans les yeux et la fougue du jeune scientifique prêt à partir à bord du Beagle à la découverte du monde et de ses merveilles. On veut tout faire, on se sent d’ailleurs capable de tout faire…Bah en fait, non, et on le réalise assez rapidement. Je vous le dis sans détour : “You know nothing Jon Snow” ou “I have no idea what I’m doing” pourraient être des slogans pour le thésard de première année.

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 Vous débarquez dans un milieu qui vous est familier, certes (surtout si vous avez fait des stages, d’ailleurs : faites des stages), mais il est très probable que les premiers temps soient difficiles pour de multiples raisons : 1/ concrètement, vous avez surement lu beaucoup de choses sur votre sujet, mais quand il faut passer à la pratique (spécialement si vous faites du terrain ou du laboratoire), on se retrouve assez souvent empêtré dans les histoires de budget, d’administratif et sauf si vous avez fait des stages pratiques sur votre sujet de thèse, tout est à découvrir 2/ on réalise rapidement que les “matériels et méthodes” des articles manquent d’une myriade d’informations techniques dont vous allez forcément manquer au début (et on s’en rend compte en général au moment venu au fin fond de la pampa où vous faites votre expérience ou encore, pendant une manip’ de chimie chronométrée) 3/tout le monde a l’air de savoir mieux que vous. Mais ça c’est normal, c’est souvent vrai, et logique, puisque la plupart de vos collègues ne sont pas des néophytes comme vous ! Je vous rassure, tous ces éléments vont disparaître à mesure que vous progressez dans votre thèse.

La clé, une fois que vous avez cherché sans trouver la solution, est de se nourrir des connaissances d’autrui, et même si parfois vous craignez d’embêter vos collègues avec vos questions, la plupart du temps ils seront absolument ravis d’y répondre (c’est pas tous les jours qu’on peut déballer son savoir sur les différentes techniques d’attachement des tubes sur un agitateur). Et si vous faites appel régulièrement aux opinions, idées, et à l’aide de vos collègues, vous gagnerez une expérience et un temps précieux.

Les deuxième et troisième années : la vraie galère commence !

En fin de première année, on a généralement bien cerné son sujet, et les grandes lignes de la thèse sont déjà tracées. Les deux années qui suivent sont généralement le temps fort de la thèse avec les expériences qui s’enchaînent et les analyses de données. C’est, selon ma propre expérience, le moment le plus demandant techniquement. J’ai adoré les expériences de terrain, aussi épuisantes fussent-elles, mes étudiants stagiaires que j’encadrais étaient vraiment super et ce fut un plaisir. Cependant, on est aussi confronté à nos lacunes, on se familiarise avec des nouvelles techniques d’analyse et on se spécialise de plus en plus. Trouver de l’aide devient aussi plus difficile : on peut se prendre à errer sur des forums obscurs de statistiques approfondies utilisées seulement par une poignée d’acharnés (attention, c’est souvent une période où l’on parle bizarrement et vos ami(e)s peuvent avoir un peu peur de vous). C’est aussi le moment où l’on prend de l’assurance et où l’on développe réellement les compétences qui resteront pour toujours gravées sur le CV.

Et bien sûr arrive le moment de l’écriture des articles, élément essentiel pour une carrière dans le monde scientifique et pour soutenir sa thèse. Mon premier article a pris un an, du premier mot jusqu’à sa publication. Ce fut un des défis les plus difficiles à relever en ce qui me concerne. Un article scientifique doit respecter des codes très précis, doit être rédigé en anglais, et doit satisfaire les reviewers, c’est à dire vos collègues anonymes qui vont juger de la recevabilité de votre travail. Il est assez rare, d’après mon expérience et celles de mes collègues, qu’un article soit accepté du premier coup. On peut essuyer plusieurs refus avant d’y arriver. Et ça peut être vraiment douloureux en raison de l’investissement non négligeable de travail, et de l’importance que ce premier article de thèse a pour vous. En plus, il peut vous arriver de tomber sur des reviewers mal lunés qui vont répondre avec un tact digne d’un mâle morse sur une plage bondée. Une chose à savoir : il ne faut absolument pas baisser les bras ! C’est normal, et il y a toujours au moins un des reviewers qui va vous donner des critiques constructives qui vous permettront de réussir à publier votre papier la prochaine fois. Je peux vous dire que le jour où j’ai reçu le mail d’acceptation de mon premier papier, ça a été l’un des plus forts moments de ma thèse.

La quatrième…quatrième?? année de thèse : le manuscrit

Et oui ! Au début de cette note, j’ai parlé de 3 ans de thèse. Mais selon les domaines ou le sujet, ce délai peut s’avérer un peu trop court. Typiquement, nous étions trois étudiants de ma promotion de Master à débuter une thèse dans mon laboratoire la même année, et nous avons tous les trois dépassé d’un an. L’écologie est typiquement un domaine particulier à cet égard, surtout pour les études de terrain qui peuvent dépendre des saisons. Nous nous adaptons au calendrier de la nature et non pas au calendrier de thèse. Quand cela arrive, il y a plusieurs solutions. Certaines personnes finissent leur thèse au chômage, ou décrochent un contrat à temps partiel d’enseignement, comme le demi-ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) qui permet de terminer sa thèse en étant (-un minimum-) payé !

Cette année supplémentaire permet souvent de finir les dernières analyses de données et d’enfin rédiger le manuscrit de thèse. Cette rédaction est vécue de façon très différente en fonction des personnes. Pour certains c’est une galère quasi-infinie, de mon côté, j’y ai pris beaucoup de plaisir. C’était enfin un texte que je pouvais rédiger avec des codes plus souples que les codes des articles scientifiques, je pouvais être plus personnelle dans mon langage, rendre le manuscrit vivant, illustrer de façon pertinente mais aussi faire un peu d’esthétisme…Et j’ai pu donner des avis, faire des réflexions sur mon travail et sur la recherche dans mon domaine. Et quand le dernier point est donné, il y a une véritable sensation d’accomplissement, chose rare pendant toute la thèse et donc chérissable.

Dernière ligne droite : la soutenance

Un mois et quelques après le rendu du manuscrit à votre jury préalablement désigné par vos soins, vient ce moment tellement redouté de la soutenance de thèse. En France, cela consiste en général en une présentation de vos travaux de thèse, relativement vulgarisés, de 45 minutes, suivie de 2h à 2h30 de questions. C’est donc TRES long ! Prévoir les barres chocolatées et la bouteille d’eau pour survivre. Les 45 minutes de présentation filent à la vitesse de la lumière, et vous le faites pour votre famille, vos amis, et vos collègues qui sont venus pour vous voir en ce jour si important pour vous (et pour eux aussi, puisque cet événement signe l’arrêt de vos complaintes permanentes ^^ ). Après un tonnerre d’applaudissements d’une salle en folie, vient le moment des questions. Là, ça ne rigole plus. Chaque membre du jury prend la parole les uns à la suite des autres pour commenter votre manuscrit et votre oral et ensuite poser des questions et/ou émettre des critiques. L’objectif est de sonder à quel point vous maîtrisez votre sujet, d’étudier si vous avez réfléchi à différentes questions et pistes, et parfois aussi, vous taquiner sur des choses que vous auriez pu faire mieux ou autrement. C’est un moment particulier où il faut vraiment être vif et éveillé, ce qui après 45 minutes de présentation peut parfois être délicat. L’humour n’est pas interdit (faire rire son jury, si ce n’est pas au dépend du thésard, est plutôt une petite victoire) et il est aussi possible de répondre qu’on ne sait pas de temps à autre, ce n’est pas grave. En ce qui me concerne, au bout de 2h15 de questions, j’ai commencé lentement à m’affaler sur mon pupitre et fixer mon regard sur la personne qui me parlait devenait vraiment difficile, et puis finalement, la présidente du jury a clos la discussion et c’était fini !

WOUAW

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Le jury a quitté la salle pour délibérer, et des gens sont venus me parler alors que je ne réalisais même pas que l’exercice (et quelque part, ma  thèse) était enfin terminé. Le jury est rapidement revenu, m’a accordé le titre de docteur avec les félicitations et pouf. Me voilà docteure ès sciences. La suite s’est déroulée autour du champagne, avec une des soirées les plus mémorables de ma vie. C’est un moment d’une intensité incroyable.

En bref (si j’ose, après un tel pavé), la thèse c’est un apprentissage et dans tout apprentissage, il y a plaisir. Et je peux vous assurer que pour ça, la thèse est parfaite. On y apprend une myriade de choses sur le sujet choisi, on transgresse assez souvent les limites de notre sujet pour découvrir d’autres choses, et l’environnement de laboratoire, si tant est que le laboratoire d’accueil ait une vie d’équipe riche, est une source infinie de connaissances sur divers domaines. Tiens par exemple, ce midi à la pause café (oui, je traîne encore dans mon laboratoire, je ne veux pas partir T_T), j’ai appris plein de choses passionnantes (me donnant une féroce envie de blogger) sur la fluorescence, la sénescence des feuilles d’arbre et sur la quantité d’oxygène dans l’atmosphère. Mais surtout, on crée du savoir. Le but même du doctorat étant de répondre à une énigme, la thèse nous permet de générer de la connaissance, nouvelle, inconnue auparavant, et ça, c’est une très jolie chose et la source d’une joie singulière. Le métier de chercheur peut être ingrat, en raison de la quantité d’heures effectuées versus le peu de reconnaissance de ce travail au quotidien, cependant, je ne connais pas beaucoup d’autres professions capables de nourrir à ce point notre curiosité.

Voilà, chers lecteurs et lectrices, si vous avez l’ambition de faire une thèse, je vous souhaite du courage (il en faut) et de garder bien ancrées les raisons pour lesquelles vous vous lancez dans cette aventure : la passion pour la science, et l’envie d’être sur le front de la découverte.

Lydie.